Le président Sadi Carnot à la Croix-Rousse

L’assassinat du président Sadi Carnot à Lyon le 24 juin 1894 par l’anarchiste Caserio est bien connu. Le président était venu inaugurer « l’exposition universelle, internationale et coloniale de Lyon » qui se tenait cette année au Parc de la Tête d’or. Ce qui est moins connu, c’est la visite qu’il fit dans notre ville en 1888, visite au cours de laquelle une matinée fut consacrée à la Croix-Rousse.

Rappelons le contexte. Depuis le 3 décembre 1887 Sadi Carnot est le nouveau président de la République. Il succède à Jules Grévy. Afin de faire connaissance en profondeur avec le pays dont il est le chef suprême, il entreprend une série de voyages officiels en province. Il commence par la Normandie puis c’est au tour de Lyon.

Sadi Carnot doit séjourner dans notre ville le samedi 6 octobre 1888, le dimanche 7 et le lundi 8  avant de poursuivre son périple en direction d’Annecy. A cette époque, les voyages officiels se font en train et l’arrivée est prévue le samedi après-midi en gare de Perrache. Des problèmes sur les voies entraînent du retard et le train présidentiel entre en gare à 16h55 exactement. L’emploi du temps concocté par les services du protocole est extrêmement chargé, réglé d’une manière toute militaire.    C’est le maire de Lyon, Antoine Gailleton, qui prononce le discours d’accueil. Sadi Carnot le remercie par une première prise de parole. Elle sera suivie par de nombreuses autres. Le cortège remonte jusqu’à l’Hôtel de Ville au milieu des acclamations. Il faut dire que le président Carnot, s’il n’en est qu’au début de son mandat, est d’emblée populaire car il appartient à une famille célèbre. Son père, son oncle, son grand-père se sont déjà illustrés dans la politique, les sciences physiques, l’art militaire. Le repas servi le soir à l’Hôtel de Ville est digne de la qualité de l’hôte reçu. Il se compose d’une suite de 12 plats, interrompue par un sorbet au kirch. Le dessert, une glace, s’appelle une « bombe nationale ».

Le dimanche 7 octobre, il y a au programme la visite de l’Hôtel-Dieu le matin, déjeuner au Palais du commerce, parade grandiose au Grand Camp (La Doua) l’après-midi. 10 000 personnes doivent y défiler. Le soir le président assiste à la représentation d’Aïda au « Grand Théâtre ».

La matinée du lundi 8 octobre est consacrée à une visite à la Croix-Rousse. Le convoi est matinal puisque la visite de l’école de tissage de la place Belfort, la place Marcel Bertone actuelle, est prévue pour 8 heures du matin. La suite présidentielle emprunte la place de la Comédie, la rue Puits- Gaillot, la place des Terreaux, la rue d’Algérie, la rue Terme, la rue du Jardin des Plantes, la rue de Flesselles, la rue du Bon Pasteur, la Grande rue de la Croix-Rousse, la rue du Chariot d’or, enfin la Place Belfort. Le journaliste du Progrès écrit dans son reportage: « A la Croix-Rousse, les décorations sont nombreuses et, comme toujours, du meilleur goût ». A l’école de tissage, monsieur Chavent le directeur, entouré de son conseil d’administration, présente son établissement. Au président de la République qui se fait donner des explications, on remet des portraits en soie de sa personne qui ont été tissés ici-même. A la sortie Sadi Carnot va visiter l’atelier de tissage de monsieur Guicherd, 8 rue Gigodot. C’est un conseiller d’arrondissement qui tisse des étoffes d’ameublement. Il se rend ensuite dans l’atelier de monsieur Genaivre, 31 rue d’Ivry, où on tisse le velours. Le convoi gagne ensuite la mairie d’arrondissement qui est maintenant installée en bordure du boulevard de la Croix-Rousse. Plusieurs discours sont prononcés devant des délégations diverses qui vont des corporations de tisseurs aux représentants des loges maçonniques. La visite du plateau se termine par l’étape de l’Ecole Normale de filles située un peu en contrebas sur le côté sud du boulevard. Elle a été édifiée sur l’ancien domaine des Mazuyer de la Tourette. Le bâtiment est massif avec une solide architecture néoclassique. A l’avant on a reconstruit le portail décoré des armoiries de la famille des anciens propriétaires du lieu. L’Ecole Normale est alors dirigée par mademoiselle Porte mais c’est l’économe qui fera le discours de réception.

Le retour du cortège à l’Hôtel de Ville se fait par le cours des Chartreux. L’après-midi il y aura encore visite aux Facultés, l’inauguration de la statue d’Ampère et la pose de la première pierre du monument à la République place Perrache.

Le président Carnot, après trois journées bien remplies passées à Lyon, pourra remonter dans le train à 16 heures 45. Comme dernier hommage des lyonnais il reçoit  un autre portrait de sa personne peint sur une pièce de satin.