La Croix-Rousse et ses arbres : peut mieux faire

Ceux qui connaissent l’association n’ignorent pas l’importance qu’elle accorde à la place de la nature sur le plateau Croix-Roussien. Deux exemples récents viennent de nous montrer que cette préoccupation n’est pas vaine, et que chaque arbre, grand ou moins grand, peut un jour voir son avenir compromis par une construction immobilière ou un projet d’aménagement.

Première victime, et non des moindres, l’acacia qui embellissait la perspective entre la rue Jacquard et le boulevard des Canuts a fait les frais de l’aménagement du trottoir sur cette partie de la nouvelle place des Tapis. Questionnés sur le pourquoi de cet abattage, le responsable du chantier, puis un peu plus tard le maire d’arrondissement, ont avancé une raison de responsabilité entre l’ICF, propriétaire de l’immeuble situé au début du boulevard, et le Grand Lyon, maître d’œuvre de l’aménagement et nouveau propriétaire de la parcelle où se trouvait l’arbre. La réalité est sans doute plus simple que cela, puisque sur cette parcelle trône désormais une armoire électrique, qui a nécessité que l’on fasse place nette pour son installation… Deux nouveaux arbres sont certes prévus à cet emplacement, mais peu importent les raisons de cette exécution rondement menée : un arbre remarquable (*) et en bonne santé a été abattu sans autre forme de procès, et c’est tout ce qui retient notre attention.

Les changements occasionnés par la construction en cours au 73 de la rue Denfert-Rochereau se sont faits certes plus discrets, mais une fois de plus, c’est la verdure qui a dû céder le pas au béton. Épargnés par le ballet des pelleteuses, un bouleau et un cèdre, tentent encore de faire bonne figure, mais leur avenir n’en est visiblement pas moins précaire. La mansuétude dont a fait preuve le maître d’œuvre n’aura finalement été qu’un sursis : la survie à long terme d’un arbre amputé d’une grande partie de son réseau radiculaire, et qui plus est ceinturé de béton, est très incertaine, et l’état de forme actuel de ces arbres n’incite guère à l’optimisme.

On pourrait, malheureusement, citer d’autres exemples ; ceux-ci suffisent déjà à illustrer la difficile position de la nature dans les espace urbains fortement densifiés.

L’association n’entend pas s’opposer systématiquement à tout projet immobilier ; seulement, elle estime que chaque construction, chaque aménagement réalisé à la Croix-Rousse et ailleurs doit – et peut – se faire en respectant la nature dans son ensemble, et en particulier les arbres, qui font partie de notre patrimoine urbain. Les déclarations sont là, mais les actes peinent à suivre, et on ne peut se contenter de raccommodages faits à la va-vite là où il doit y avoir une véritable volonté de concertation et de transparence pour toute question d’aménagement susceptible de concerner la nature en ville.

La minéralisation – terme plus doux et plus à la mode que le poussif « bétonnage » – paraît inéluctable dans nos quartiers centraux, mais la Croix-Rousse n’est pas à vendre continuera à se mobiliser pour protéger le moindre espace de verdure face à l’incurie des promoteurs.

  • Officiellement seuls quelques arbres répertoriés sont qualifiés par ce terme. Nous considérons que tout arbre, même situé sur un espace privé, appartient à une « forêt urbaine ». A ce titre nous préconisons que tout abattage ou intervention mettant en cause sa survie soit déclaré et fasse l’objet d’une négociation.