Le projet du Centre Livet : un passage en force

La discrétion du panneau du permis de construire pour l’aménagement du Centre Livet, apposé rue Lachièze-Rey, ne reflète pas du tout le climat dans lequel avance ce projet. Dès sa présentation au public, cet ambitieux programme immobilier a suscité force craintes et mécontentements chez les habitants de Caluire et du 4ème arrondissement.

Rappelons les faits. Cédé par les Hospices Civils de Lyon à Promoval en novembre 2013, ce terrain de 16 000 m², cerné par les rues de Margnolles, Lachièze-Rey et la montée de la Boucle, doit accueillir un hôtel 3 étoiles, une résidence seniors et une soixantaine de logements. Premier motif de colère pour les habitants du quartier et les associations : le bâtiment principal, pourtant déclaré bâtiment patrimonial, doit être détruit. L’intérêt architectural de la face est n’a pas convaincu l’architecte des Bâtiments de France, qui a donné son feu vert pour la démolition. Second coup de canif aux documents réglementaires : le passage du parc en propriété privée, qui deviendrait de facto fermé au public, bien que le Grand Lyon ait confirmé sa vocation d’espace public.

Au-delà des « arrangements » avec les prescriptions du Plan Local d’Urbanisme, c’est la manière dont la démolition du Centre, et la privatisation rampante du parc, ont été justifiées, qui a provoqué la colère des participants à la réunion de présentation qui s’est tenue le 28 mai dernier. Régis Gachon, architecte en charge du programme, et Côme Tollet, premier adjoint délégué à l’urbanisme à la mairie de Caluire, ont répondu point par point, dans une ambiance tendue, aux objections qui ont leur ont été formulées. Pour beaucoup, cette présentation avait tout du passage en force. Car l’aménagement du Centre Livet ne souffre visiblement pas de contestation, les représentants des Comités d’Intérêt Local – dont la Croix-Rousse n’est pas à vendre – en ont été très clairement avisés. Et les habitants du 4ème arrondissement se sont entendu dire qu’ils n’étaient pas concernés par ce qui se passe à Caluire, et à ce titre n’ont pas à donner leur avis. Ambiance…

La passion est retombée, mais la mobilisation demeure, et deux points, susceptibles de remettre en cause la viabilité du projet, entretiennent l’espoir parmi les opposants au projet. En premier lieu, le non-respect des préconisations du document d’orientation d’aménagements, qui prévoyait notamment la construction de deux bâtiment sur le front de la rue de Margnolles et le maintien d’une espace collectif dégagé à l’arrière de ces constructions. Au lieu de cela, ce sont pas moins de six bâtiments qui figurent sur le permis de construire, y compris en dehors du périmètre réservé, soit approximativement sur l’emplacement du bâtiment actuel. Le second point litigieux porte sur la destination du parc pour un usage privé, et la construction de places de stationnement – qui plus est sur une zone boisée classée : il s’agit là encore d’une entorse manifeste aux documents officiels, car ceux-ci prévoient expressément de réserver ces zones dites USP pour des constructions d’équipement public ou d’intérêt collectif ; le permis de construire est très clair sur ce point puisqu’il n’en prévoit aucune de cette nature !

Bref, l’affaire n’est pas close, des rebondissements peuvent encore avoir lieu, même s’il est difficile de s’avancer sur les chances de succès de la mobilisation. L’association s’oppose aussi à ce programme en tant que porteur de nuisances pour le 4ème arrondissement, malgré ce que peuvent en dire ses défenseurs. Les conséquences de cette construction sur la circulation et le stationnement, déjà bien difficiles sur l’ensemble du plateau, sont certaines, et c’est aussi la perspective de la rue de Margnolles qui en pâtira, puisque l’alignement du bâtiment principal sur le trottoir masquera une grande partie de la vue sur le versant nord occupé notamment par le centre Élie Vignal. Cet alignement, réalisant de fait un effet de couloir, sera à n’en pas douter à l’origine de nuisances sonores pour l’ensemble de la partie sud de la rue de Margnolles. La Croix-Rousse n’est pas à vendre suit l’affaire de près et soutient toute action qui pourra être entreprise pour que soient respectées les règles du droit et la qualité de vie du quartier.

Pour aller plus loin :

PLU du Grand Lyon – Commune de Caluire-et-Cuire
PLU du Grand Lyon – Cahier Communal de Caluire-et-Cuire – orientations d’aménagement, modification n°10
PLU du Grand Lyon – Documents généraux – Règlement
PLU du Grand Lyon – Commune de Caluire-et-Cuire – dossier d’enquête publique, projet de modification n°8