Les HCL et la ville de Lyon bradent le patrimoine immobilier et social Dernier exemple : la “maison” du docteur Bouchet, cours d’Herbouville, léguée aux hospices en 1877

Après la vente de l’Hôtel-Dieu, les Hospices civils de Lyon (HCL) poursuivent, notamment dans le 4e arrondissement, les cessions de patrimoine. Alors que les personnels hospitaliers se mobilisent pour leurs revendications, alors que l’offre de logement à la Croix-Rousse est insuffisante et que le prix de l’immobilier progresse rapidement, les HCL et la ville de Lyon bradent leur patrimoine immobilier et social.

C’est aujourd’hui le tour d’un l’immeuble au bas de la montée Josephin Soulary (Croix-Rousse) : la “maison” du docteur Bouchet, fils et petit fils de chirurgiens renommés, lui même médecin à l’Hôtel-Dieu, à l’hospice du Perron (devenu l’hôpital Jules Courmont),  puis nommé médecin des épidémies. Ce leg fait à l’Hôtel-Dieu (HCL) en 1877 a été vendu fin mai au groupe Carré d’or, lequel prévoit d’en faire une opération immobilière.

En 1877, par testament, le docteur Édouard Jean-Pierre Bouchet (1812-1877), léguait “sa maison” du 38 cours d’Herbouville à l’Hôtel-Dieu “où il avait servi durant trente ans”. Un bien issu d’une famille de médecins renommés : son grand père Pierre (1750-1794), puis son père Claude-Antoine  (1785-1839) occupèrent le poste de chirurgien-major à l’Hôtel-Dieu.

L’action médicale de ces médecins se doublait d’une action sociale : devenu administrateur des HCL (1813), membre associé de l’Académie de médecine, Claude-Antoine Bouchet se lança dans nombre de réformes de l’institution : il milita notamment  pour la création d’une faculté de médecine et tenta de faire supprimer le célibat alors imposé aux chirurgiens. Son fils, le médecin Édouard Jean-Pierre Bouchet participa au groupe phalanstérien lyonnais créé au milieu du XIXe siècle. Rappelons que l’action sociale des fouriéristes, un des courants socialistes utopiques, s’est développée à Lyon, ville des canuts où la misère ouvrière était des plus visible. (Plusieurs journaux, L’écho des fabriques, l’Échos des ouvriers, La tribune lyonnaise… attestent de cette histoire). Aux côtés des ouvriers et des canuts qui constituaient bon nombre des adeptes des groupes phalanstériens, le médecin Édouard Bouchet et d’autres intellectuels adhéraient à la critique radicale de la société de cette époque formulée par cette association qui, à Lyon, joignait l’action sociale à la parole.

Cela explique le libellé du testament d’Édouard Bouchet : il conditionnait son leg à l’Hôtel-Dieu (HCL) au versement d’une rente perpétuelle (produit des revenus annuels de la location de cette maison) pour la création et à la gestion d’une “institution” (“Bibliothèque et fondation Bouchet”) à l’usage des internes des hôpitaux, chefs de service et docteurs de la ville  (ainsi qu’à l’entretien du tombeau de son père et grand père à Loyasse).

Après avis favorable du Conseil de surveillance des HCL (présidé par G. Képénékian, maire de Lyon), la directrice des HCL a procédé au déclassement du domaine public de l’immeuble en vue d’une vente aux enchères.

On lit  pourtant sur le site des HCL : “Les Hospices Civils de Lyon, comme d’autres CHU français, possèdent un important patrimoine immobilier. Forts des nombreuses libéralités dont ils ont été bénéficiaires au cours des siècles, les HCL se doivent, conformément à la volonté des bienfaiteurs, d’en affecter les revenus à l’hôpital”.

Durant des dizaines d’années, les appartements de la “maison Bouchet” ont été loués notamment à des personnels des Hospices civils (ou retraités). Nombre de locataires des HCL bénéficient encore de loyers plafonnés fixés dans le cadre de la loi du 1er septembre 1948, laquelle constitue un frein efficace contre l’envolée spéculative des loyers. En rachetant ces immeubles, les promoteurs font tout pour que les locataires ne bénéficient plus de cette loi de 1948.

Aujourd’hui, au vu de l’insuffisance de logements sociaux dans le 4e arrondissement, les personnels hospitaliers sont contraints d’habiter de plus en plus loin  de leur lieu de travail. Cet immeuble avait pourtant été identifié dans le projet de PLU-H comme pouvant faire l’objet d’une préemption. Alertés par les habitants qui occupent certains des logements, les élus du précédent mandat de la Métropole et de la Ville de Lyon n’ont pourtant pas donné suite.

Alors que l’offre de logements à la location atteint à Lyon son niveau le plus bas depuis plus de 30 ans, alors que la mixité sociale dans le 4e arrondissement doit absolument être maintenue, réserver cet immeuble à des logements sociaux (accessibles notamment au personnel hospitalier) irait aussi dans le sens des volontés du donateur et, conformément au PLU-H, contribuerait “au respect par la Ville du taux réglementaire” (de 25%). Les nouveaux élus de la métropole et de la ville de Lyon en ont les moyens. Qu’en sera-t-il au moment où le promoteur engage son opération immobilière ?

Herline Bouville